Caishen
Dieu de la richesse et de la prospérité
Origines
Caishen, « le dieu de la richesse », n’est pas une divinité unique mais une fonction, que plusieurs personnages occupent selon les régions et les métiers. Henri Maspero notait déjà que les Chinois honorent sous ce nom des dieux d’origines très diverses. Le plus répandu est Zhao Gongming, dont l’histoire est racontée dans L’Investiture des dieux, roman du XVIe siècle. Avant d’être un dieu de la fortune, Zhao Gongming était, dans les textes taoïstes des Six Dynasties, un esprit redoutable, maître des épidémies ; c’est le roman qui a fixé sa nouvelle vocation.
À ses côtés, la tradition distingue un dieu de la richesse « civil », Wen Caishen, et un dieu « martial », Wu Caishen. Le premier est souvent Bi Gan, ministre intègre du dernier roi des Shang, auquel le tyran fit arracher le cœur ; parce qu’il n’a plus de cœur, il ne peut être partial, ce qui en fait le dispensateur idéal des richesses. Le second est Guan Yu, dont la loyauté rassure les marchands. On rencontre aussi les « dieux de la richesse des cinq routes », qui apportent la fortune de toutes les directions.
Attributs et symboles
Zhao Gongming est figuré en général au visage noir et à la barbe épaisse, monté sur un tigre noir, tenant un fouet de fer et un lingot d’or. Bi Gan porte la robe de cour et le bonnet du ministre, et tient un sceptre ruyi ou un lingot. Les images du dieu de la richesse, imprimées sur papier rouge, s’entourent de tous les signes de la prospérité : lingots, sapèques enfilées, l’arbre à monnaie, le crapaud à trois pattes qui crache des pièces, et la formule « Que la richesse arrive ».
Le tigre noir, monture de Zhao Gongming, rappelle son ancienne fonction de maître des démons et des fléaux : la richesse, en Chine, est aussi affaire de protection.
Mythes principaux
Dans L’Investiture des dieux, Zhao Gongming est un ermite du mont Emei qui vient prêter main-forte à l’armée des Shang contre les Zhou. Ses perles marines et son fouet mettent en déroute les généraux de Jiang Ziya, le stratège des Zhou. Ne pouvant le vaincre au combat, Jiang Ziya, sur le conseil de l’immortel Lu Ya, fait fabriquer une effigie de paille à son nom, se prosterne devant elle pendant trois semaines, puis lui tire des flèches dans les yeux et le cœur ; Zhao Gongming meurt au loin, frappé par ce sortilège. Une fois la guerre terminée, Jiang Ziya distribue les fonctions divines aux morts des deux camps : Zhao Gongming reçoit le titre de « Maître véritable de l’Autel mystérieux » et la direction de la richesse, avec quatre adjoints qui attirent les trésors et rendent le commerce profitable.
Bi Gan, lui, ne devient pas un dieu dans le roman ; c’est la piété populaire qui a fait de ce ministre martyr, dont le sacrifice est rapporté par Sima Qian, le dieu de la richesse civile.
Culte et postérité
Le culte de Caishen est celui de tous les commerçants. Sa statue ou son image se trouve dans les boutiques, les restaurants et les bureaux, souvent avec un peu d’encens et une offrande de fruits ou d’alcool. Le cinquième jour du premier mois lunaire est le jour où l’on « accueille le dieu de la richesse » : à Shanghai et dans tout le bas Yangzi, on ouvre les portes et les fenêtres à l’aube, on fait éclater des pétards et l’on dresse une table d’offrandes pour être le premier à le recevoir. À Hong Kong, à Taïwan et à Singapour, des figurants costumés en Caishen distribuent des enveloppes rouges dans les rues pendant le Nouvel An.
Vincent Goossaert a décrit la place de ces cultes dans la vie des temples et des corporations, où le dieu de la richesse voisine avec les patrons de chaque métier. Depuis les années 1980, avec l’essor économique de la Chine continentale, son culte a connu un regain spectaculaire ; il est l’un des rares dieux dont l’image est vendue dans les supermarchés.