Hermès
Messager des dieux, dieu des voyageurs et des échanges
Origines
Hermès est le fils de Zeus et de Maïa, l’une des Pléiades, filles d’Atlas. Il naquit dans une grotte du mont Cyllène, en Arcadie, région pastorale du Péloponnèse dont il est resté le dieu. L’Hymne homérique à Hermès raconte son premier jour, qui contient tout son caractère. Né au matin, il sort du berceau à midi, trouve une tortue sur le seuil, la tue et fabrique avec sa carapace la première lyre. Le soir, il file en Piérie voler cinquante vaches du troupeau d’Apollon, qu’il fait marcher à reculons pour brouiller les traces, puis sacrifie deux bêtes et rentre se coucher, innocent, dans ses langes.
Apollon retrouve le voleur et le traîne devant Zeus, où l’enfant nie avec aplomb. Zeus rit et ordonne la réconciliation : Hermès offre la lyre à son frère, qui lui laisse le troupeau et lui donne une baguette d’or. Il reçoit ainsi sa place parmi les Olympiens, et ses fonctions : le troc, la ruse, le bien d’autrui, la musique cédée à un autre.
Attributs et symboles
Il porte le pétase, chapeau à larges bords des voyageurs, des sandales ailées, et le caducée, la baguette de héraut entourée de deux serpents. Le bélier, qu’il porte parfois sur les épaules, rappelle sa fonction de protecteur des troupeaux ; la tortue rappelle la lyre. L’art archaïque le montre barbu, l’art classique en jeune homme athlétique.
Hermès est le dieu du passage et du seuil. Messager de Zeus, il descend de l’Olympe vers les hommes et conduit les âmes des morts vers l’Hadès : l’Odyssée le montre menant les prétendants tués vers la prairie d’asphodèle. Il protège les routes, les frontières, les carrefours, les marchés, les voleurs et les orateurs. Jean-Pierre Vernant, qui l’a opposé à Hestia, déesse du foyer immobile, en fait la figure du mouvement, de l’ouverture et de l’échange. Devant les maisons et aux carrefours se dressaient des « hermès », piliers de pierre surmontés de sa tête et ornés d’un phallus, qui marquaient les limites et portaient bonheur.
Mythes principaux
Sur l’ordre de Zeus, il endormit et tua Argos aux cent yeux, le gardien qu’Héra avait posté auprès d’Io, ce qui lui valut le surnom d’Argeiphontès, « tueur d’Argos ». Dans l’Odyssée, il porte à Calypso l’ordre de libérer Ulysse et donne au héros l’herbe moly qui le protège des sortilèges de Circé. Dans l’Iliade, il guide de nuit le vieux Priam, à travers le camp grec, jusqu’à la tente d’Achille pour racheter le corps d’Hector. C’est lui encore qui conduit les trois déesses devant Pâris et qui ramène Perséphone des Enfers dans l’Hymne à Déméter.
Hésiode lui donne un rôle dans la création de Pandore : il met dans la première femme les mensonges et les paroles trompeuses. Il est le père du dieu Pan, né en Arcadie d’une nymphe, et, selon des récits plus tardifs, d’Hermaphrodite, qu’il eut d’Aphrodite.
Culte et postérité
Son culte était modeste en temples et présent partout dans la vie. En Arcadie, Pausanias décrit ses sanctuaires de Cyllène et de Phénéos. Les jeunes gens célébraient les Hermaia dans les gymnases, dont il était le patron avec Héraclès. La dernière libation d’un repas lui revenait, et l’on posait des tas de pierres sur les chemins en son honneur. En 415 avant notre ère, la mutilation en une nuit des hermès d’Athènes fut tenue pour un sacrilège d’État.
Rome l’a identifié à Mercure, dieu du commerce. À Alexandrie, il fut rapproché du dieu égyptien Thot et devint Hermès Trismégiste, patron des textes hermétiques. Son nom vit dans l’herméneutique, l’art d’interpréter, et son caducée, souvent confondu avec le bâton d’Asclépios, est devenu par cette confusion un emblème de la médecine. Il reste le dieu de tout ce qui circule, les biens, les mots et les âmes.