Mythologie nordique
Scandinavie
Les anciens Scandinaves — Danois, Suédois, Norvégiens et, à partir de 870 environ, colons d’Islande — ont honoré une famille de dieux que les textes islandais appellent les Ases (Æsir), à laquelle s’adjoint une seconde famille, les Vanes (Vanir), après une guerre conclue par un échange d’otages. Odin, Thor, Frigg, Tyr, Baldr et Heimdall sont des Ases ; Njörðr, Freyr et Freyja sont des Vanes venus vivre parmi eux. Loki, géant par sa naissance, en est le compagnon puis l’ennemi. Face aux dieux se tiennent les géants (jötnar), forces du désordre, et le monde est structuré par le frêne Yggdrasill, dont les racines relient les demeures des dieux, des hommes, des géants et des morts. Le temps même est compté : les dieux savent qu’ils périront au Ragnarök, avant qu’un monde nouveau ne surgisse.
Cette religion n’a jamais eu de livre sacré ni de clergé organisé. Ce que nous en savons vient surtout de textes islandais mis par écrit après la conversion au christianisme, adoptée par l’Islande vers l’an 1000 : l’Edda poétique, recueil anonyme de poèmes mythologiques et héroïques copié vers 1270 mais dont certaines pièces remontent à l’époque païenne, et l’Edda de Snorri Sturluson, manuel de poétique composé vers 1220, où un auteur chrétien met en ordre les mythes pour expliquer les images des scaldes. S’y ajoutent l’Heimskringla du même Snorri, la Gesta Danorum du Danois Saxo Grammaticus, vers 1200, et, du côté des témoins extérieurs, la Germania de Tacite (98) et la description du temple d’Uppsala par Adam de Brême, vers 1075. Les pierres runiques, les amulettes en forme de marteau et les toponymes complètent ces sources.
Le culte se pratiquait en plein air ou dans la halle du chef, qui faisait office de prêtre (goði en Islande). Le sacrifice (blót), accompagné d’un banquet, s’adressait au dieu compétent : Thor pour la protection et les récoltes, Freyr pour la fécondité et la paix, Odin pour la victoire. Adam de Brême rapporte qu’à Uppsala, tous les neuf ans, on pendait des hommes et des animaux dans le bois sacré voisin du temple. Chaque région avait ses préférences : Thor domine en Islande et en Norvège, Freyr en Suède, Odin chez les rois et les poètes.
La christianisation, achevée en Scandinavie au XIIe siècle, a mis fin à ce culte, mais non à la mémoire des dieux, gardée par les poètes islandais, redécouverte par les érudits à partir du XVIIe siècle et exaltée par le romantisme. Les noms anglais des jours de la semaine (Tuesday, Wednesday, Thursday, Friday) portent ceux de Tyr, Odin, Thor et Frigg. Georges Dumézil a fait de ce panthéon un terrain d’élection de sa théorie des trois fonctions indo-européennes, et Régis Boyer en a donné en français la synthèse de référence. Les rapprochements avec les dieux romains proposés ici sont des parentés de fonction, héritées de l’interprétation romaine, et non des identités.
Les divinités
- BaldrDieu lumineux dont la mort annonce le Ragnarök
- FreyjaDéesse vane de l’amour, de la fécondité et de la magie
- FreyrDieu vane de la fécondité, de la paix et des récoltes
- FriggÉpouse d’Odin, reine des Ases, mère de Baldr
- HeimdallGardien des dieux, veilleur du pont Bifröst
- HelMaîtresse du royaume des morts, fille de Loki
- LokiDieu rusé et ambigu, compagnon puis ennemi des Ases
- OdinDieu souverain des Ases, maître de la magie et de la poésie
- ThorDieu du tonnerre, protecteur des dieux et des hommes
- TyrDieu du droit et du serment, mutilé par le loup Fenrir