Vodou haïtien
Haïti et diaspora
Le vodou haïtien est né dans la colonie française de Saint-Domingue, au XVIIIe siècle, parmi des Africains réduits en esclavage et venus de régions différentes : le royaume du Dahomey, dont le mot vodun (« esprit ») a donné son nom à la religion, le bassin du Kongo, le pays yoruba. Leurs traditions se sont rencontrées, mêlées, et ont absorbé des éléments du catholicisme imposé par les colons. Le résultat est une religion propre à Haïti, que ses fidèles ne pratiquent pas mais « servent ».
Au sommet, Bondye, le Dieu unique, créateur, trop lointain pour qu’on s’adresse à lui. Entre lui et les humains, les lwa : des esprits nombreux, chacun avec son caractère, ses goûts, ses couleurs, son jour de la semaine et sa manière de se manifester. Papa Legba ouvre les chemins, Erzulie Freda incarne l’amour et le luxe, Ogou la guerre et le fer, Baron Samedi et les Gede la mort et la dérision, Damballa la sagesse ancienne. Les lwa se regroupent en « nations » (nanchon), dont les deux principales sont les Rada, esprits doux venus du Dahomey, et les Petwo, esprits plus chauds, plus exigeants, nés pour partie dans la violence de l’esclavage.
Le culte se déroule dans un temple, l’ounfò, autour du poteau central, le poto mitan, par lequel les lwa descendent. Il est dirigé par un oungan ou une manbo. Chaque lwa a son vèvè, un dessin tracé au sol avec de la farine, ses chants, ses rythmes de tambour et ses offrandes. Au cours de la cérémonie, un lwa peut « monter » un fidèle, qu’on appelle alors son cheval, et parler, manger, danser à travers lui. Les images des saints catholiques servent souvent à représenter les lwa : saint Jacques le Majeur pour Ogou, la Mater Dolorosa pour Erzulie Freda.
Le vodou est indissociable de l’histoire d’Haïti. La tradition fait remonter au serment du Bois-Caïman, en août 1791, le début de la révolte qui a mené à l’indépendance de 1804, première république noire du monde. Longtemps persécuté, par l’Église comme par l’État, et caricaturé à l’étranger, le vodou n’a été reconnu comme religion à part entière par l’État haïtien qu’en 2003.
Il se pratique aujourd’hui en Haïti, où une grande partie de la population le sert tout en se disant catholique, et dans la diaspora, à Montréal, New York, Miami ou Paris. L’ethnologue Alfred Métraux, qui a vécu en Haïti dans les années 1940, en a donné une description devenue classique, mais le vodou reste une tradition orale, transmise dans les familles et les temples plus que dans les livres.
Les divinités
- AgweLwa de la mer et amiral des eaux
- Ayida WedoLwa de l’arc-en-ciel, épouse de Damballa
- AzakaLwa paysan de l’agriculture et du travail de la terre
- Baron SamediLwa de la mort et chef des Gede
- DamballaLwa serpent, source de la vie et de la sagesse
- Erzulie DantorLwa mère et guerrière du rite Petwo
- Erzulie FredaLwa de l’amour, de la beauté et du luxe
- Gran BrigitLwa des cimetières, épouse de Baron Samedi
- Ogou FerayLwa guerrier du fer et du feu
- Papa LegbaLwa des carrefours et gardien des barrières