Ces dieux

Dagda

Dieu-druide irlandais, père et chef des Tuatha Dé Danann

Origines

Le Dagda est connu uniquement par les textes irlandais du Moyen Âge ; aucune inscription gauloise ne porte son nom. Ce nom est en fait un titre : dago-devos, « le dieu bon », où « bon » ne désigne pas une qualité morale, mais la compétence. Le Cath Maige Tuired le dit explicitement : lorsque, dans le conseil de guerre qui précède la bataille, il promet d’accomplir à lui seul tout ce que les autres ont promis, l’assemblée répond « c’est toi le dieu bon », et le nom lui reste.

Ses autres appellations disent son rang. Eochaid Ollathair, « le père puissant » ou « le père de tous », en fait l’ancêtre des Tuatha Dé Danann ; Ruad Rofhessa, « le Rouge de la grande science », en fait le maître du savoir druidique. Le Lebor Gabála Érenn le donne pour fils d’Elada et pour père, entre autres, de Brigit et d’Oengus ; il règne longtemps sur l’Irlande après Lug. Sa demeure est le Brug na Bóinne, le grand tertre de la vallée de la Boyne que l’archéologie connaît sous le nom de Newgrange, monument néolithique bien antérieur aux Celtes, que la tradition médiévale lui a attribué.

Attributs et symboles

Trois objets le caractérisent. Le chaudron, d’abord, l’un des quatre talismans que les Tuatha Dé Danann apportent de leurs cités du nord selon le Lebor Gabála : il vient de Murias et personne n’en repart sans être rassasié. La massue, ensuite : dans le Cath Maige Tuired, elle est si lourde qu’il la traîne derrière lui sur un chariot et qu’elle creuse un sillon comparable à un fossé de frontière ; selon un autre récit, une extrémité tue et l’autre rend la vie. La harpe, enfin, qui obéit à sa voix et dont il tire les trois airs de la musique irlandaise : celui du sommeil, celui du rire et celui des pleurs.

Guyonvarc’h et Le Roux, dans la lignée de Georges Dumézil, voient en lui le dieu de la première fonction, celle du sacré et de la souveraineté, un dieu-druide dont Lug serait le complément et Ogma l’équivalent guerrier. Il est aussi maître du temps : dans Tochmarc Étaíne, il fait durer un seul jour neuf mois afin de dissimuler la grossesse de Boand, la déesse de la rivière Boyne, dont naît Oengus.

Mythes principaux

Le Cath Maige Tuired lui prête des épisodes qui mêlent le grotesque et le sacré. Sous le règne de Bres, il est réduit à construire des remparts. Avant la bataille, il rencontre à Samain, près de la rivière Unius, la Morrigan, qui se tient à cheval sur le cours d’eau ; ils s’unissent, et elle lui promet son aide contre les Fomoire. Envoyé ensuite dans le camp ennemi pour gagner du temps, il est contraint d’engloutir une bouillie de lait, de farine, de graisse et de viande versée dans une fosse, avec une louche où un couple pourrait se coucher ; il s’endort, le ventre énorme, puis rencontre la fille du roi fomoire Indech, qui finit par promettre de tourner sa magie contre son propre peuple.

Après la victoire, sa harpe a été emportée par les Fomoire. Le Dagda, Lug et Ogma la retrouvent suspendue dans leur salle de festin ; à son appel, elle vole jusqu’à lui en tuant neuf hommes au passage, et il joue les trois airs qui font pleurer, rire, puis dormir les ennemis.

Un court récit raconte enfin comment Oengus, son fils, obtient de lui le Brug na Bóinne pour « un jour et une nuit », puis refuse de le rendre, car tout le temps n’est fait que de jours et de nuits.

Culte et postérité

Aucun culte du Dagda n’est documenté : les moines qui ont copié ses récits en ont fait un ancien roi, à la façon dont le Moyen Âge chrétien a « historicisé » les dieux païens. Les chercheurs le comparent souvent à Sucellos, dieu gaulois représenté avec un maillet et un pot, connu par des statuettes et quelques inscriptions ; la parenté est plausible, mais rien ne permet de dire qu’il s’agit d’un même dieu. Longtemps éclipsé par Lug et Cú Chulainn, le Dagda reste l’une des figures les plus riches de la mythologie celtique.

Pour aller plus loin

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Sources

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