Ces dieux

Dieux kémites

Égypte ancienne

Kemet, « la terre noire », est le nom que les anciens Égyptiens donnaient à leur pays, par opposition au désert rouge qui l’entoure. C’est de ce mot que vient l’adjectif « kémite », employé ici pour désigner la religion de l’Égypte pharaonique. Elle a vécu plus de trois mille ans, des premières dynasties, vers 3000 avant notre ère, jusqu’à la fermeture du temple d’Isis à Philae au VIe siècle de notre ère. Aucune autre religion de l’Antiquité n’a duré aussi longtemps ni laissé autant de monuments.

Les sources sont abondantes, mais particulières. Les Égyptiens n’ont pas écrit de récits mythologiques suivis comme les Grecs : les Textes des pyramides, gravés à partir de 2350 avant notre ère environ, les Textes des sarcophages du Moyen Empire et le Livre des morts du Nouvel Empire sont des recueils de formules qui font allusion aux mythes plus qu’ils ne les racontent. Les hymnes, les murs des temples et quelques contes complètent ce tableau. Le récit le plus complet de la mort d’Osiris nous vient d’un Grec, Plutarque, au début du IIe siècle de notre ère.

Les dieux sont innombrables et changeants. Chaque ville a le sien : Ptah à Memphis, Rê à Héliopolis, Thot à Hermopolis, Amon à Thèbes, Hathor à Dendérah, Horus à Edfou. Les théologiens les organisent en familles, comme l’Ennéade d’Héliopolis, issue du créateur Atoum : Shou et Tefnout, Geb et Nout, puis Osiris, Isis, Seth et Nephthys. Ils les combinent aussi sans les confondre : Amon-Rê, Rê-Horakhty, Ptah-Sokar-Osiris. L’égyptologue Erik Hornung a décrit cette logique de « l’un et le multiple », où une divinité peut se manifester sous plusieurs formes, animales ou humaines, sans perdre son identité.

Au centre du dispositif se tient le pharaon, Horus vivant et fils de Rê, seul intermédiaire légitime entre les dieux et les hommes ; les prêtres n’agissent qu’en son nom. Les temples ne sont pas des lieux de rassemblement, mais des demeures où la statue du dieu est lavée, habillée et nourrie chaque jour. Le peuple rencontre ses dieux lors des fêtes, quand la statue sort en procession dans sa barque, et dans une piété personnelle faite d’amulettes, de prières et d’ex-voto. La religion funéraire, avec le jugement du cœur devant Osiris et Maât, occupe une place immense dans les textes et les tombes qui nous sont parvenus.

Le christianisme, puis l’islam, ont effacé ces cultes, mais leur postérité est considérable : Isis a conquis Rome, Thot est devenu Hermès Trismégiste, et depuis le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion, en 1822, les dieux d’Égypte n’ont cessé de fasciner les savants comme le grand public.

Les divinités