Ces dieux

Mythologie romaine

Rome antique

On réduit souvent les dieux de Rome à des copies des dieux grecs sous des noms latins. Cette vue est trompeuse. La religion romaine a sa propre logique, faite de rites exacts, d’un calendrier de fêtes et de collèges de prêtres au service de la cité ; les récits y comptent moins que les gestes. Les Romains eux-mêmes racontaient peu de mythes sur leurs dieux : ils racontaient l’histoire de leur ville, et les dieux y prenaient part.

Le plus ancien état connu de ce panthéon repose sur trois dieux servis par les trois grands flamines : Jupiter, dieu souverain du ciel et du serment ; Mars, dieu de la guerre ; Quirinus, dieu des citoyens, les Quirites. Georges Dumézil a vu dans cette triade archaïque l’expression romaine des trois fonctions indo-européennes : souveraineté, force guerrière, prospérité. À la fin de la royauté, une seconde triade, d’inspiration étrusque, s’installe sur le Capitole : Jupiter, Junon et Minerve partagent un même temple, dédié selon la tradition en 509 avant notre ère, l’année même de la fondation de la République.

Autour d’eux, une foule de divinités : Vesta et son feu gardé par les Vestales, Janus des commencements, Saturne, Cérès, Vulcain, Neptune, Mercure, Diane, Vénus, sans compter les dieux des maisons, Lares et Pénates, et les petites divinités de chaque geste et de chaque moment que Varron avait patiemment inventoriées et dont saint Augustin s’est moqué dans La Cité de Dieu. Le calendrier fixe leurs fêtes : Lupercales de février, Matronalia de mars, Vinalia d’avril et d’août, Neptunalia et Volcanalia de l’été, Saturnales de décembre. Ovide a mis en vers la première moitié de ce calendrier dans ses Fastes.

Le culte est affaire publique. Les pontifes, présidés par le grand pontife, veillent sur les rites et le calendrier ; les augures lisent la volonté des dieux dans le vol des oiseaux ; les flamines servent chacun un dieu ; les Saliens dansent en armes pour Mars ; les fétiaux déclarent la guerre selon les formes. Le but est de maintenir la pax deorum, la bonne entente avec les dieux, par des sacrifices accomplis sans faute. Rome accueille aussi les dieux des autres : elle « évoque » ceux des villes vaincues, comme la Junon de Véies, et adopte des cultes venus de Grèce et d’Orient, Apollon, Esculape, la Grande Mère, Isis, Mithra.

Dès le IIIe siècle avant notre ère, le contact avec la Grèce transforme l’imaginaire : les dieux romains reçoivent les figures et les histoires de leurs homologues grecs, et Virgile, dans l’Énéide, donne à Rome une épopée où Jupiter promet à Vénus un empire sans fin. Auguste restaure les temples et se fait le garant de la piété ancienne. Le christianisme, devenu religion d’État sous Théodose à la fin du IVe siècle, ferme les sanctuaires. Mais les noms des dieux demeurent : dans les mois de janvier, mars et juin, dans les jours de la semaine, dans les planètes, et dans une bonne part de l’art européen.

Les divinités