Minerve
Déesse de l’intelligence, des métiers et des arts
Origines
Minerve est venue à Rome par l’Étrurie. Son nom, Menrva chez les Étrusques, est pourtant italique : il se rattache à la racine de mens, « l’esprit », et de meminisse, « se souvenir ». Minerve est, dès l’origine, l’intelligence qui sait faire. À Rome, elle n’a ni flamine ni fête dans la couche la plus ancienne du calendrier, et Georges Dumézil observe que sa place dans la triade capitoline, aux côtés de Jupiter et de Junon, résulte de l’influence étrusque des derniers rois : elle occupe une des trois chambres du grand temple dédié en 509 avant notre ère, quand Quirinus, troisième terme de l’ancienne triade, n’a plus de part au Capitole. Les cités voisines l’honoraient aussi ; Faléries et Lavinium avaient leurs sanctuaires de Minerve.
Attributs et symboles
Dès qu’elle est représentée, Minerve emprunte l’image d’Athéna : casque, lance, bouclier, égide au masque de Gorgone, chouette et olivier. Mais ce qu’elle patronne à Rome est d’abord le travail qualifié. Ovide, dans les Fastes, l’appelle « la déesse aux mille œuvres » et énumère ceux qui doivent la prier : tisserands, foulons, teinturiers, cordonniers, peintres, sculpteurs, médecins et maîtres d’école.
Elle est aussi Minerve Medica, la guérisseuse, honorée sur l’Esquilin, et la gardienne du Palladium, la petite statue d’Athéna qu’Énée aurait emportée de Troie et que les Vestales conservaient à l’abri des regards, comme gage de la survie de Rome.
Mythes principaux
Rome n’a pas inventé de mythes pour Minerve ; elle a repris ceux d’Athéna, que les Métamorphoses d’Ovide ont fixés pour l’Occident sous le nom latin. Le plus célèbre est celui d’Arachné, la fileuse de Lydie qui se vante d’égaler la déesse. Minerve, sous les traits d’une vieille femme, l’engage à se rétracter ; devant son refus, elle tisse contre elle. Sur sa toile, la déesse représente les dieux en majesté et sa propre victoire sur Neptune pour la possession d’Athènes ; Arachné répond par les amours trompeuses des dieux. Ne trouvant rien à reprendre, Minerve déchire l’ouvrage, frappe la jeune femme et la change en araignée.
Ovide raconte aussi, dans les Fastes, qu’elle inventa la flûte et la jeta, dépitée de voir ses joues se gonfler quand elle en jouait, et il rapporte au livre de mars la mésaventure de Mars, amoureux d’elle et dupé par la vieille Anna Perenna. Dans l’Énéide, Minerve reste hostile aux Troyens : c’est sous son patronage que les Grecs construisent le cheval, et les serpents qui dévorent Laocoon vont se réfugier au pied de sa statue.
Culte et postérité
Sa grande fête était les Quinquatries, du 19 au 23 mars. Le 19, anniversaire de la dédicace de son temple de l’Aventin, était le seul jour sans effusion de sang, dit Ovide ; les quatre suivants voyaient des combats de gladiateurs. C’était la fête des artisans et des écoliers, qui apportaient ce jour-là au maître ses honoraires. Le 13 juin, les Petites Quinquatries appartenaient aux joueurs de flûte, qui parcouraient la Ville masqués et ivres, en souvenir, raconte Tite-Live, d’une grève des flûtistes retirés à Tibur et ramenés endormis dans des chariots.
Le temple de l’Aventin abritait le collège des écrivains et des acteurs, fondé en l’honneur de Livius Andronicus. Domitien voua à Minerve une dévotion particulière et lui dressa un temple dans le forum qui porte le nom de Nerva. César écrit que les Gaulois honoraient une Minerve qui enseigne les arts et les métiers ; les historiens y reconnaissent une figure proche de la Brigit irlandaise, parente et non double, comme Athéna elle-même.
La Minerve casquée, à l’olivier et à la chouette, est devenue dans l’Europe moderne l’allégorie du savoir, présente sur les frontons des écoles et des académies ; c’est par elle que la chouette signifie encore aujourd’hui la sagesse.